L'histoire de la base américaine révélée
Il y a un siècle, près de 3 000 soldats américains se sont entraînés dans un camp d’aviation situé entre St-Hilaire-de-Riez et St-Jean-de-Monts. Une histoire longtemps méconnue.Le camp américain de Champ Gaillard a longtemps conservé ses secrets. « On était sur des hypothèses et puis tout d’un coup, sur internet, on a découvert des documents de l’armée américaine qui étaient jusqu’ici bloqués car secret défense », raconte Jacques Baud, de l’association Histoire, culture et patrimoine du Pays de Rié.
« 100 ans étaient passés. On a eu accès à 75 pages concernant ce camp, à Saint-Hilaire-de-Riez… » Des heures de traduction plus tard, le centre a levé le voile sur son histoire.
1 500 soldats sur place
Après des mois de repérage sur le littoral atlantique, c’est en février 1918 que les forces américaines ont choisi ce site, entre Saint-Jean-de-Monts et Saint-Hilaire-de-Riez, pour y implanter leur centre d’instruction aérien(1).
Entre 2 500 et 3 000 soldats y passeront, « soit 1 500 personnes en simultané ». Objectif :accueillir la plupart des Américains promis à l’artillerie aérienne et au pilotage de poursuite pendant la Première Guerre mondiale.
Autant de missions périlleuses en vue… « À l’époque, il s’agissait de mitrailleuses tenues à la main. C’était très délicat car le pilote de l’avion était situé à l’avant. » C’est donc ici, pendant des heures et des jours, que les soldats vont s’entraîner avant de s’envoler pour le front. Une fois partis, d’autres leur succèdent.
19 morts
Face au camp, l’océan permet aux soldats de s’entraîner sans risque pour la population. Mais on est encore « aux débuts de l’aviation » et les accidents se répètent. Au total, une dizaine de soldats perdront la vie lors d’entraînements.
Sans oublier ce « sabotage » : deux soldats américains présents dans le camp, d’origine allemande, auraient détérioré volontairement des appareils. Ils seront abattus… D’autres militaires périront lors d’accidents de voitures ou de maladie.
« Une paysannerie ignorante »
Pendant cette période, les Américains ne vivent pas retranchés dans leur camp. Des concerts, la fête du 14-Juillet ou Noël sont l’occasion de rencontrer la population. Le curé Thibaud, dans ses mémoires, évoque aussi « le soir où l’Armistice fut connu, il y eut un grand défilé dans le bourg. Je crois que pas un Américain n’était au camp, que toutes les casseroles, poêles et marmites ont été mobilisées. Les quatre cloches se mirent de la partie. Ce fut un fameux branle-bas ».
Pour autant, le regard que portaient les soldats américains sur les maraîchins fut parfois sévère. Comme en témoignent ces écrits où ils évoquent « une paysannerie ignorante et misérable », des gens « incapables de comprendre les raisons qui mènent les Américains à vouloir envahir leurs fermes et leurs villages » ou qui parlent « du chariot à gaz qui va pou-pou-pou » parce que « ces paysans ne connaissent même pas le mot français motocyclette… »
Ce samedi 1er juillet, centenaire 14-18 du camp américain de Champ Gaillard, quartier des Demoiselles, à Saint-Hilaire-de-Riez. À partir de 12 h : cérémonie, concert de jazz, démonstrations de modélisme et de parachutisme, gratuit.
Exposition jusqu’au 20 juillet, salle communale de la mairie annexe des Demoiselles, tous les jours de 15 h à 18 h, gratuit.
(1) Un autre camp d’aviation a été installé en Vendée, à Barbâtre, avec une base d’hydravions anti sous-marine.